Traduction Google - Soyez indulgents !

Galerie ABC
rue Lebeau, 53 – 1000 Bruxelles

24 septembre – 19 octobre 1996

Par Jo Dustin

Le Soir – 3 octobre 1996

Épures sculpturales et cadences secrètes

Depuis quelques années, Anne Jones pratique une monumentalité sculpturale en parfaite symbiose avec la nature. Elle a participé à plusieurs manifestations où la tridimensionnalité s’intégrait avec bonheur dans un site agreste ou sylvestre. Il suffit de mentionner la justesse de ses interventions sensibles au parc Malou, au Confort Moderne à Poitiers, etc.

Aujourd’hui, nous retrouvons la démarche plastique de Jones qui nous propose une série de sculptures plus petites, plus intimes. Toutefois, il faut remarquer que le gigantisme n’est pas toujours synonyme de monumentalité. Une œuvre petite de taille peut imposer également sa cadence forte. Il s’agit d’un jeu de proportions bien calibré, d’une occupation de l’espace experte qui agence sans faille le rythme des pleins et des vides. De plus, Anne Jones favorise dans sa recherche un approfondissement du regard. Elle refuse toute vision rapide, superficielle.
Loin des affirmations péremptoires, des scories boursouflées, elle apprivoise une épure fine où l’émotion s’incruste sans pathos aucun. Et cette artiste procède par ajouts, par entassements, par superpositions économes qui génèrent toujours une équation minimale et secrète.

Plusieurs œuvres adoptent l’arcature double, le profil d’une nef marine conjuguant légèreté et emboîtement incisif. Les talismans de pierres serrées ornent le faîte des sculptures et proclament un équilibre fragile. Un dialogue naît entre les différents matériaux. Bois, acier, plomb, papier de riz, ardoise, pierre bleue, pierre blanche construisent leur complémentarité singulière, leur complicité fraternelle. Et la roche lisse ou brute accueille l’écho des resserrements répétitifs. Une carapace de métal ajourée, scintillante, met en exergue une ellipse lunaire. Mais à l’intérieur de cet habitacle mystérieux se cache. un objet indéterminé, indéterminable. C’est toute l’énigme du visible et de l’invisible qui se profile ainsi devant nous.

Au sol, une double gorge d’acier courbé recueille l’entassement méthodique des ardoises friables. Cependant cette gémellité formelle ne produit pas deux séquences identiques. L’une ne connaît que la densité nocturne, l’autre avec son ruisseau de verre révèle une étrange clarté diurne.

Au fond de la ga1erie se dresse une demi-ogive de pierre blanche de Poitiers qui capte une structure centrale d’ardoise grise. Ici le contraste habite la Colonne qui s’élance vers le ciel « a contrario » des habitudes horizontales de la sculpture contemporaine. Verticalité qui vibre comme un espoir.

Si Anne Jones domine sa syntaxe propre, elle propose des chants sculpturaux variés. La monotonie n’est vraiment pas au rendez-vous. C’est là une des multiples qualités de la présente exposition.

Par Anne-Sophie Debliquy-Olbrechts

Semper – septembre 1996

Les affinités matérielles

Anne Jones est une sorte d’esprit unificateur : un lien ténu, qui tend à devenir invisible, se tisse de matière à matière, entre l’artiste et la nature à l’ouvrage, entre l’œuvre et le visiteur. Le sculpteur pose un regard différent sur la matière. Ce regard mène Anne Jones sur des voies quotidiennes où toujours elle fouine, à la recherche du matériau oublié ou destiné au rebut, expulsé du monde parce que jugé inutile. Mais elle, elle l’a déjà repéré, observé et l’emporte sur son propre itinéraire pour atteindre une nouvelle essence. Ainsi, ce travail de la matière simple, à laquelle tous semblent indifférents, rend une dignité au matériau oublié, au morceau de béton ou de bois …

Ou bien c’est le premier travail de la nature sur la pierre de Lavoux, l’eau du fleuve qui, deux ans durant, travaille la roche pour lui donner une dureté à toute épreuve : naturellement séduite, Anne Jones prolonge l’ouvrage de l’élément liquide et, par un long travail de polissage, elle se rapproche jusqu’à atteindre l’intimité même. Elle parfait la nature en donnant une vie nouvelle par sa sculpture. Elle recrée la pierre de Lavoux en la mettant en symbiose avec la feuille d’ardoise.

Et il y a aussi le verre, le bois, le plomb ou un autre métal qu’Anne Jones intègre l’un à l’autre : autant de matières si différentes qui trouvent sous sa main une harmonie parfaite, une volontaire confusion. Comme par magie et en synergie, une feuille d’ardoise et un morceau de cette belle pierre blanche trouvent leur équilibre dans le berceau de métal qui leur est offert.

Pour cette artiste, l’échange. l’interactivité entre l’œuvre et le spectateur – on pourrait dire “spect-acteur” – est essentielle. Ainsi, une fine colonne de métal vibre au passage du visiteur et s’incline poétiquement vers lui comme pour instaurer un dialogue. Pour raconter une histoire.

Ici, l’amateur de beauté réalisera qu’une œuvre est d’autant plus monumentale qu’elle symbolise l’harmonie.

Par Claude Lorent

La Libre Belgique – 6 octobre 1996

Les sculptures du dialogue

Convoquant les éléments les plus disparates, Anne Jones crée un monde de paix et d’harmonie Faute de clés de lecture précises, les sculptures d’Anne Jones ne se livreront que si le regardeur acquiert l’intime conviction qu’elles sont bien davantage que les éléments qui les composent. Ceux-ci sont divers et fonctionnent sur le mode de la rencontre et de l’association sans évidence d’affinités. Plutôt même sur le mode d’une convivialité qui n’a rien, au départ, de naturel. Pourtant il se dégage du tout une harmonie presque tranquille. La cohabitation des contrastes, la pierre et le verre, le bois et le métal ; l’insistance des tensions graphiques, linéaires ou formelles ; l’antagonisme entre l’état de repos et l’omniprésence de la courbe appelant le mouvement, sont autant de facteurs conduisant à un équilibre précaire. L’immobilisme, le calme, ne sont qu’une paix fragile acquise au prix d’habiles et de respectueux voisinages de matériaux parfois inattendus.

UN MONDE NOUVEAU
Une bonne part de l’originalité des sculptures d’Anne Jones réside dans cette rencontre, dans ce dialogue d’éléments pluralistes, dans ce métissage à l’image même du cosmopolitisme croissant de nos villes et du monde. Force nous est de vivre aujourd’hui et demain plus encore en harmonie sans perdre ni singularité, ni identité. Ce monde nouveau que l’artiste construit en est encore à l’intégration, mais le constat des différences s’accompagne de leur acceptation dans une volonté de vivre l’équilibre en une cohésion bien réelle, même si elle peut paraître surprenante.
Tel ce demi-cercle de bois posé sur la partie courbe supportant une pierre de France taillée, polie, surmontée d’un verre transparent.
Telles ces deux poutres d’acier cintrées, enserrant des lamelles d’ardoises irrégulières,; séparées au centre par une ligne de verre blanc.

Les frontières existent mais .elles ne sont plus des séparations, au contraire des invitations au passage. Les liens qui se tissent entre les composantes sont des forces d’adhésion.
Exploitant aussi bien des matériaux usinés (métaux travaillés et objets récupérés) que les dons de la nature (branches, pierres, écorces, cailloux… ), Anne Jones insiste sur l’idée de toutes les possibles fraternités paisibles. Usant d’options architecturales ou de pratiques plus modestement primitives – par exemple quand elle enchâsse de petits bouts de bois en une cavité ronde d’un petit rectangle de plomb -, elle porte son propos à une forme d’universalité qui englobe l’édification toute symbolique d’un monde autre, autant que les défenseurs d’une vie de retraite et de spiritualité. À cet égard,  ses sculptures de taille réduite ou ses réalisations monumentales se rejoignent dans une sorte d’aspiration à un idéal commun. A travers ce dialogue permanent, l’artiste part à la recherche du profond secret de chaque élément, celui par lequel ils peuvent s’harmoniser non seulement avec leurs semblables mais avec tous ceux qui les enrichiront de leurs singularités et de leurs différences.

Par Stéphane Rey

L’écho – 4 octobre 1996

 

Anne Jones, sculpteur minimaliste, nous invite à fuir le monde réel et ses dimensions excessives, sa rumeur assourdissante, son poids, sa disproportion, sa cruauté obtuse.
Elle se meut parmi de petits objets, qu’elle découvre et modifie à peine, des petites pierres, des bouts de bois ; ou bien elle assemble de menues choses qui ne peuvent servir à rien sinon à jouer en rêvant, ou à nous éblouir par l’ ingéniosité qu’elle met à les enclore dans de petits blocs de plomb, ou dans le creux circulaire qu’elle a ménagé à dessein dans un morceau de vieille poutre.

Ce sont là, selon son vocabulaire esthétique, «des éléments d’un regard ». Pour qu’une chose soit importante, disait M'”‘ du Deffand, il suffit de la regarder longtemps. Et dans l’ univers d’Anne Jones, tout finit par devenir important. Petites tiges de fer, minuscules morceaux de pierre bleue taillés ou polis avec minutie, stèles pas plus grosses que des crayons, où elle réussit à faire courir des tracés d’intailles, minces rouleaux de papier recelant des écritures sans aucun doute sacrées, petits pansements chirurgicaux encadrés comme des reliques avec, en leur centre, une tête de clou, un grain d’ellébore ou une petite croûte séchée.
Tout cela est impeccable, émouvant. Les matières utilisées sont simples et modestes, mais l’esprit qui les habite leur confère une préciosité étonnante. Conçus tour à tour dans la verticalité ou l’horizontalité, on pourrait parler à leur propos de genre masculin ou féminin. Mais bien souvent, dans un équilibre fragile bien mesuré. qui requiert une grande perfection de métier et des mains de fée, les choses restent indécises, à osciller, à vibrer, comme ces passerelles de verre, ou de minces fils de métal, portant des petits hamacs de toile ou des pierres de France bien taillées par-dessus l’arrondi d’ une demi-roue rustique en bois ancien.
Tout cela sera traité avec amitié et douceur et manipulé avec prudence.