Le souffle peut être pensé comme un « geste d’air », un « intervalle révélateur et créateur de signifiés et de signifiants » (G. Didi-Huberman-2005).
Penser le souffle de l’ardoise et/ou de la contrebasse c’est vouloir rendre compte d’une présence virtuelle contenue dans le matériau ou l’instrument, en la faisant accéder au réel par le biais du visible ou de l’audible : l’image, les sons.
Le sédiment, constituant signifié de l’ardoise, est « invisible » à l’œil car ce dernier, en regardant l’ardoise, ne perçoit pas le sédiment mais la pierre dans sa globalité, dans sa totalité, dans son « signifiant ». Rendre visible ce sédiment, ce « signifié », c’est lui permettre le passage du virtuel au réel. Sous l’action de la scie, la pierre « crache » littéralement sa présence virtuelle. Le papier qui la reçoit en devient le révélateur : l’image est là, présence virtuelle devenue réelle, mémoire de l’ancestralité de la pierre, de son « souffle indistinct » (P. Fedida).
Quant à la contrebasse, la vibration latente, « constituant signifié » de l’instrument, reste inaudible à l’oreille car cette dernière, lorsqu’elle écoute l’instrument, ne perçoit pas ces sons impalpables, cette respiration. Rendre audible ce flux, ce « signifié », c’est le faire passer du virtuel au réel grâce au geste, souffle « intermédiaire » (G. Didi-Huberman-2005).
La composition sonore qui en découle révèle alors cette vibration latente contenue dans l’instrument: sous l’action de l’archet, la contrebasse se vide littéralement et lance à l’oreille sa présence virtuelle ; les sons, enfouis dans sa caisse, sont là, présence virtuelle devenue réelle.
Reste à créer la symbiose entre ces souffles en rendant audible le souffle de l’ardoise et visible le souffle de l’instrument : c’est le sédiment récupéré sur le papier qui, devenant partition sonore, permet à l’ancestralité de la pierre de passer dans l’instrument grâce au geste imprimé à l’archet ; le souffle de l’instrument, devenant par là-même visible.
A.J.