André Romus fut un excellent journaliste de la RTBF-Liège et nous nous souvenons de quelques-unes de ses « rencontres » de haut niveau, avec Pierre Soulages notamment. Heureusement pour lui, l’homme de bien n’avait pas cette seule flèche à son arc et c’est en peinture que nous le retrouvons désormais, au meilleur de lui-même. Citant Rimbaud, « Le poète va vers l’inconnu« , Romus est de ces artistes pour qui la création tient en effet de l’exceptionnel. C’est envahi d’incertitude que l’artiste avance pas à pas. Abstrait, son art est fait de failles, de reliefs, de fractures. Toiles et panneaux de bois gorgés de sève, entendez de peinture -quartz et pigments – étalée goulûment avec ses rétentions, ses encombrements de matière : l’art de Romus est l’expression d’un individu en quête de connaissance. Voyant, le peintre, comme le poète, tente d’exprimer ce qu’il ressent, qu’aucun autre que lui ne pourrait expliciter : sa réalité. Laquelle n’est jamais le monde extérieur. Se méfiant absolument de trop de séduction, Romus préfère les matières aux couleurs. Ces matières qui diversifient la planéité de ses toiles respectives, qui les font vivre en communion avec ces gris, ces bruns, ces ocres ou ces verts plus rares, qu’il nous distille comme autant d’arrêts sur un temps qui, pour lui, n’est évidemment jamais quelconque. D’où leurs vibrations.
Les peintures de Romus se marient bien aux propositions sculpturales d’Anne Jones.
Aux déclinaisons que celle-ci imprime aux ardoises, qu’elle tranche, qu’elle assemble, qu’elle lie, met en tas, façonne en boules, en cubes, en frises … Et jusqu’à en retenir des souffles … d’ardoise, des poussières.
Vibrations encore.
Et vibrations toujours quand le troisième larron, Jacky Lecouturier apporte sa petite note à lui. Le photographe s’est mué en complice de matières sculpturales soudain reconverties aux deux dimensions.
Triple regard choisi.