ANAMAK
Coton – papier – miroir
1996
Inv. 0159
Du 15 juin au 7 juillet 1996, dans le cadre des fêtes de la musique organisée par le Centre culturel de Woluwé-Saint-Lambert « Wolu-Culture », fut organisée une exposition : « Du champ sonore au champ visuel ».
Il était demandé à différents artistes de donner une expression visuelle à une composition musicale réalisée par Léo Kupper, compositeur belge de musique électronique.
Cette œuvre, « Anamak », est basée sur la récolte de la récolte des matériaux traitant de l’art des indiens du Brésil.
L’œuvre, deux « livres-miroirs » dont l’un s’ouvre sur la nature et l’autre sur la personne qui le regarde, permet une multiplicité des approches possibles du « regarder-écouter » évoquées par la rythmique, le style, l’abstraction et le style de la composition musicale.
ANAMAK
Composé en trois versions (16’31 » – 19’12 » – 23’16 « )
Mezzo-Soprano : Anna Maria Kieffer
Compositeur : Léo Kupper
Année de production : 1995
Production : Studio de Recherches, Bruxelles.
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ANAMAK est un mot composé de « Anama » ( qui signifie, en Tupi : Nation, Peuple ) et de Anna Maria Kieffer.
C’est une œuvre qui traite des signaux culturels indiens du Brésil dans leur longue histoire (du 16° au 20° siècle).
Dans la musicologie brésilienne, on rencontre, en effet, des mélodies notées auprès des Indiens par les différents explorateurs. Il existe (et surtout il a existé) une très large variété de tribus indigènes au Brésil, depuis le Haut Xingu jusqu’à l’Amazonie, et la plupart de ces tribus possèdent leur propre culture (leurs langues, leurs coutumes et leurs musiques). Ces tribus indiennes (Camayura, Guayaki, Lengua, Moro, Kainsang, Kayapo, Kwikuru, Ulapiti, Viapii, Yawalapiti,… ) ont laissé un témoignage musical qui, en partie, a été récolté par écrit (au cours des expéditions) ou bien a été enregistré au XXème siècle par les ethnologues et les anthropologues.
Une première étape du travail fut la récolte des matériaux traitant de l’art des Indiens du brésil (les écrits, les enregistrements), une seconde étape fut l’analyse de ces langages parlés et chantés (phonétique, mélodique, rythmique) ainsi que des techniques particulières du chant.
À partir d’une sélection de ces matériaux, la chanteuse s’est exercée à imiter ces diverses techniques phonémiques et vocales, puis à les transférer à son avantage, à les adapter à son expression personnelle et à son style actuel (l’usage des phonèmes et des vocales – leurs intonations – est proche de ceux des Indiens, mais ce nouveau langage créé est abstrait).
Lorsque la chanteuse s’est attribué et a amalgamé cette expression indienne et qu’elle a pu transférer ces techniques à son propre style de chant, le travail d’enregistrement peut avoir lieu. La chanteuse donne, alors, libre cours à son imagination.
L’ensemble de ces sons (du parlé au chanté, en passant par de multiples intermédiaires) constitue, dès lors, le fondement de la composition. Un quatuor phonémique et vocal est structuré avec la seule et unique voix de la chanteuse et avec l’aide des facilités qu’offre l’ordinateur (Mac Quadr ). Il ne s’agit, en aucun cas, d’imiter le chant des Indiens, mais de transformer celui-ci par une nouvelle appropriation aux techniques du chant actuel. Ce langage est abstrait et exprime l’inconscient de la chanteuse, sa force et son énergie, comme sa volonté.
Dans la musique, habituellement, les voix sont toutes placées sur un plan horizontal et il n’existe, que rarement, une dimension de profondeur verticale (avant-plan, moyen-plan, arrière-plan, lointains et très lointains). Pour éviter une perte informationnelle, les structures chantées demeurent à l’avant-plan. La dimension d’écoute verticale, celle qui plonge vers les lointains, c’est dans la forêt tropicale que l’on peut l’entendre (l’information se multiplie quasi logarithmiquement au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’écouteur et avec une densité maximale au plan le plus éloigné, circulaire).
La composition d’Anamak, par des ensembles de sons issus de forêts tropicales et équatoriales, crée une dimension verticale (du proche au lointain). Dans ces forêts, ce sont les sonorités aiguës qui prédominent, avec peu de sons graves – excepté, parfois, le tonnerre -. Il s’agit souvent d’un grouillement d’autant plus riche qu’éloigné. Ces sonorités sont fort proches de la musique électronique. De la sorte, un avant-plan de chants masque et démasque des sonorités forestières équatoriales.
Léo Kupper
WAYS OF THE VOICE
Léo KUPPER
Anna Maria KIEFFER – Eduardo JANHO-ABUMRAD
POGUS PRODUCTIONS, 1999.